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La Criée centre d'art contemporain
Place Honoré Commeurec – F-35 000 Rennes – www.criee.org

QUESTIONS À MARCEL DINAHET
19.10.2005

Charlotte Blin : Comment as-tu pris connaissance du projet Just A Walk de Jocelyn Cottencin ?

Marcel Dinahet : C'est Jocelyn qui m'en a parlé, tout simplement. On s'est vu plusieurs fois à ce sujet, il m'a expliqué progressivement sa démarche et ce qu'il comptait faire. Au début, nous avons évoqué mon projet, les Finistères . Pendant les années 1990, je suis allé sur toutes les pointes côtières de la façade Atlantique, de l'Ecosse au Portugal. Je me déplaçais avec une voiture et une tente, j'étais complètement autonome. En discutant, Jocelyn m'a invité à participer à son projet.

CB : Quelle est la place de l'art contemporain à Rennes ?

MD : C'est difficile d'avoir du recul sur ce qui se passe dans l'endroit où on est, mais à entendre les artistes qui vivent dans d'autres régions, il me semble qu'ils ont peut-être plus de difficultés qu'en Bretagne, où il existe un certain nombre de structures, où les jeunes artistes peuvent montrer leur travail, où il y a une visibilité de l'art contemporain. D'une manière générale, je crois que c'est assez délicat de montrer son travail localement, là où on réside. Dans les années 1990, la directrice du Frac Bretagne m'avait demandé de faire une exposition dans la galerie du TNB, j'ai proposé à des artistes rencontrés à Bilbao de venir exposer avec moi parce que je ne voulais pas exposer seul à Rennes… Aujourd'hui ce serait différent.

CB : Quels sont les liens entre ton propre travail et le projet de Jocelyn Cottencin ?

MD : Le lien est direct, il me paraît assez évident : c'est le déplacement des personnes et des idées. Cette relation qui passe par une certaine disponibilité d'esprit devant quelque chose qui se construit tout doucement, par interférences, c'est quelque chose qui m'intéresse depuis très longtemps.

CB : Comment s'est déroulé ce temps de travail commun à Rennes ?

MD : J'ai déjà effectué un certain nombre de résidences, c'est très différent de se retrouver dans cette situation dans l'endroit où l'on vit, c'est la première fois que ça m'arrive. Il y a peut-être une difficulté à se retrouver dans cette disponibilité, mais je crois que ça c'est très bien passé, en présentant chacun notre travail aux autres l'espace de chacun s'est défini assez rapidement, ce qui m'a permit moi aussi d'engager quelque chose.

CB : Quelle est l'influence de ces échanges sur ton propre travail ?

MD : Les déplacements se font aussi dans les rencontres, à travers le regard des autres. Ce sont des interlocuteurs nouveaux et comme je suis assez perméable à ce qui se passe autour de moi, ces rencontres construisent aussi ce que je fais. Je trouve que c'est très intéressant, il y a des choses que je n'aurais sûrement pas faites et que je vais faire maintenant. Inversement, j'aurais fait autre chose si je n'étais pas venu là ; de toute manière quelque chose se construit. Globalement, nous avons parlé cette semaine de la notion de territoire et je vais réaliser un projet auquel j'avais pensé il y a quelques années. Il consiste à traverser les ponts qui joignent des pays ou des régions. Les ponts me semblent des éléments importants, qui appellent des questions de constructions, tant architecturales que symboliques. J'en ai parlé avec Roderick, qui connaît beaucoup de choses sur les ponts. Dans un premier temps, je vais me déplacer à Abadia, à la frontière espagnole près de San Sebastian, puis sans doute à Dundee, dont il m'a parlé.

CB : Est-ce que selon toi l'Arc Atlantique permet de déterminer une communauté culturelle ?

MD : Je ne sais pas très bien ce qu'est une communauté culturelle. En voyageant, il me semble que le littoral, c'est-à-dire l'accès à la mer, les métiers qui y sont liés, le fait de pouvoir partir vers des espaces multiples, tout ça constitue aussi une certaine culture, indépendamment des pays. A St Petersbourg, le NCCA m'avait donné tout un recueil de films réalisés par des artistes de la mer Baltique. Est-ce que la Baltique représente quelque chose culturellement ? Peut-être qu'il y a des unités de culture qui existent par le territoire géographique. La Conférence des Régions périphériques et maritimes a un très beau croquis qui montre la densité des structures culturelles sur le territoire. Par exemple, si tu traces une ligne entre Turin et Londres, c'est très dense, ce qui veut dire que culturellement ces régions sont au centre de quelque chose. C'est à partir de cette idée que je suis allé aux endroits les plus éloignés des centres, vers les finistères. L'Arc Atlantique c'est aussi cela, je crois.

CB : Qu'attends-tu d'une résidence ?

MD : Je n'attends rien, j'essaie d'avoir le minimum d'idée à priori pour essayer d'en construire une avec ce qui se passe réellement au cours des rencontres. Pour moi une résidence, c'est le fait d'être quelque part et de se poser des questions sur ce qu'on fait, à l'endroit où on est, à un moment donné.

CB : Quelle est la situation de l'art contemporain en Europe ?

MD : Il y a beaucoup de structures, très différentes. Il y a eu une période où on avait l'impression que ça tournait un petit peu en rond, mais je trouve que ça reprend. Par exemple, il y a beaucoup d'artistes intéressants en Russie, qui n'étaient jamais montrés en Europe et qu'on peut voir aujourd'hui. L'Europe est un lieu d'échange important, il y a beaucoup d'artistes qui passent. En même temps, c'est très différent d'un pays à l'autre, selon l'influence des lieux publics ou privés, par exemple.