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La Criée centre d'art contemporain
Place Honoré Commeurec – F-35 000 Rennes – www.criee.org

QUESTIONS À SÉBASTIEN VONIER
19.10.2005

Charlotte Blin : Comment as-tu pris connaissance du projet Just A Walk de Jocelyn Cottencin ?

Sébastien Vonier : En fait, Jocelyn a fait la maquette d'une publication sur un travail que j'ai réalisé en résidence à Monflanquin. C'est comme ça qu'il m'a parlé de sa résidence et la manière dont il envisageait son déroulement. Au fil des discussions, il m'a proposé de participer à ce temps d'échange.

CB : Quelle est la place de l'art contemporain à Rennes ?

SV : En tant qu'artiste j'essaie de suivre au plus près ce qui se passe à Rennes et je trouve l'actualité locale assez riche. Bien sûr, il y a La Criée et le Frac, mais il y a aussi une diversité de structures associatives qui proposent une programmation intéressante. La question que je me pose, c'est surtout de savoir s'il y a un public varié qui fréquente les lieux d'exposition, si ça touche les gens. Cette question m'intéresse parce que je trouve qu'il se passe beaucoup de choses ici, bien qu'on en parle assez peu dans les médias, y compris dans la presse nationale, c'est dommage. Je n'ai pas tellement de recul, mais je trouve qu'il y a un terrain d'échange qui me satisfait, il y a beaucoup d'artistes, une politique culturelle assez forte, etc. On compare souvent Rennes et Nantes, où il y a eu une scène artistique très dynamique à une époque, avec une visibilité nationale importante dont bénéficient encore les artistes aujourd'hui, mais je crois que les Rennais agissent encore dans un certain effacement.

CB : Quels sont les liens entre ton propre travail et le projet de Jocelyn Cottencin ?

SB : Tout dépend de ce que l'on considère comme étant un lien. Je crois que si je participe à ce projet en ce moment, c'est d'abord parce qu'il y a eu une communication intéressante entre nous deux. Ce qui plaisait à Jocelyn, c'était d'abord que l'on s'entende. Cette notion d'entente, je crois que Jocelyn y est attaché ou sensible, qu'elle a son importance autant que le travail artistique. Cela dit, les rapprochements les plus évidents entre nos deux pratiques ne me paraissent pas forcément les meilleurs. On retrouve effectivement des questions permanentes dans nos recherches respectives, questions liées à l'échelle du corps par rapport à un objet, l'histoire du corps par rapport à une fonction, comment intervenir dans l'espace public, le rapport de l'individus au groupe, etc. En revanche, la notion de territoire ne me semble pas fondamentale, c'est trop direct. Je me contente de tourner autour, elle est sans doute impossible à éviter, mais ça ne m'intéresse pas tellement, je trouve que ce n'est pas opératoire pour parler d'un travail artistique.

CB : Comment s'est déroulé ce temps de travail commun à Rennes ?

SV : C'est un temps très court, une semaine, c'était assez dense. J'avoue que chaque matin je me demandais ce qu'on allait faire, même si je suis assez heureux d'avoir rencontré ces différentes personnes. Quand on se retrouve avec un groupe pour un temps donné avec pas grand chose de très clair, pas de règle du jeu, la question devient très vite de savoir quel est l'espace de chacun. C'est tout bête, c'est une découverte de l'autre. C'est inhérent au huis-clos. Ce qui m'a intéressé, ce n'est pas de savoir ce que je pouvais apporter aux uns ou aux autres, mais plutôt de connaître l'espace d'investigation de chacun. Finalement, cette rencontre est passée par de l'observation, de la discussion, mais peu d'action.

CB : Quelle est l'influence de ces échanges sur ton propre travail ?

SV : De toute évidence, en ce moment il n'y a pas grand chose dans ma vie qui n'ait pas une incidence sur mon travail. Le fait d'avoir vu un peu où étaient les terrains de chacun, débattu sur le travail des uns et des autres, il s'est passé quelque chose. Ce qui ressort de cet échange aujourd'hui, c'est qu'il y a des choses qui se créent aussi dans la confrontation et il me paraît assez inévitable que cet aspect apparaisse dans mon travail, d'une manière ou d'une autre.

CB : Est-ce que selon toi l'Arc Atlantique permet de déterminer une communauté culturelle ?

CB : Est-ce que selon toi l'Arc Atlantique permet de déterminer une communauté culturelle ?

SV : Non, pour moi ce n'est pas du tout représentatif. Si ce projet est circonscrit dans un espace géographique, il ne permet en aucun cas de construire une communauté culturelle fondée sur les projets artistiques. Par exemple, Marcel me disait qu'il allait à St Petersbourg et que ses interlocuteurs là-bas étaient très intéressés par le projet… L'Arc Atlantique est un prétexte à faire quelque chose, mais le problème des prétextes politique c'est qu'ils réduisent souvent les possibles. Ce sont des cadres parfois rigides, même s'ils ont le mérite d'exister. Je pense que les communautés culturelles sont liées à des groupes de gens, plus qu'à des territoires géographiques.

CB : Qu'attends-tu d'une résidence ?

SV : J'attends d'une résidence de la liberté, de l'échange, du dialogue, un contexte nouveau de recherche. Je ne cherche pas une résidence où il y a un programme tous les jours à faire. J'ai besoin de temps. L'intérêt, ce n'est pas tellement de produire quelque chose, mais plutôt d'être dans une autre situation. Je suis dans une disposition de recherche lorsque là où je me trouve j'ai le sentiment d'être un étranger. J'ai souvent besoin d'être ailleurs pour travailler. Le domicile et l'atelier servent à finaliser un projet. Le fait d'être ailleurs permet une certaine distance. Je crois que c'est cette distance qu'offrent les résidences.

CB : Qu'est-ce que l'espace public ?

SV : Il y a des gens qui peuvent répondre beaucoup mieux que moi à cette question. Lorsque je provoque une intervention dans l'espace public, il s'agit du contexte dans lequel je vais entrer en contact avec mes propositions, de gens qui ne s'attendent pas à être en frottement avec une oeuvre d'art. Je ne peux aborder l'espace public que de cette manière, parce que c'est dans le champs de la pratique artistique que je me pose ces questions-là.

CB : Quelle est la situation de l'art contemporain en Europe ?

SV : Je ne sais pas, je n'ai pas de vision objective de la situation. Tout ce que je peux dire, c'est que je suis très content de voir que l'art a une vie et un public. C'est peut-être naïf, mais c'est l'état des lieux actuel pour moi.