À peine franchi le pas de la porte de l'atelier de Jocelyn, je croise et je salue Loïc Touzé et Latifa Labissi, ses voisins chorégraphes, complices et amis, naturellement impliqués dans Just a walk. Walkers. Dancers.
Me reviennent en mémoire les vidéos regardées avant l'été, les paysages presque immobiles qui ont creusé leur trou dans mon souvenir, comme c'est à prévoir de toute immobilité apparente. Mes réserves se confirment quant au choix de faire défiler à l'envers ce film tourné à Glasgow où l'on voit de pesantes adolescentes improviser une danse plus pesante encore sur un vague air de cornemuse. À l'envers, ça sent un peu le truc. À l'endroit, le mouvement de la rue, la lourdeur de la danse, eussent été aussi efficaces. Puis il me montre le dernier des films, celui que je n'avais pas vu. Ça commence en timides couleurs et très vite ça vire au noir et blanc. C'est une sorte de fête dans la nuit. Les plans sont trop serrés pour qu'on identifie la scène où des jeunes chantent, brandissent des flambeaux, crient, s'embrassent, chahutent, secouent une voiture. Un drapeau claque au vent ; mais un drapeau, en noir et blanc, ce n'est plus tout à fait un drapeau… L'ambiance est étrange et incertaine, on dirait que tout peut basculer d'un instant à l'autre. On songe à Philippe Garel se rappelant 68. À la fin, les couleurs reviennent et bouclent la traversée nocturne, comme à la fin du film, les lumières de la salle se rallument. Très vite cependant je me rends compte que ça se passe à Rennes. Mais quoi ? Je renonce, et c'est Jocelyn qui m'apprend, mais faut-il le dire, qu'il s'agit de la soirée d'après le match de demi-finale de Coupe du Monde gagné par l'équipe de France contre le Portugal (tiens, le Portugal !). Il n'y a pas encore de son, mais c'est prévu. Un peu tôt pour en parler. Je suis scotché ! Non seulement le film est splendide, mais brusquement, grâce à lui, les vidéos du nord de l'Écosse prennent tout leur sens. Non qu'elles en fussent dépourvues, mais il leur fallait, je crois, un contrepoint, une complémentaire comme on dit des couleurs sur le tableau. Ainsi, non plus seulement l'idée, mais la réalité même de l'exposition se révèle.
Jean-Marc Huitorel