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Lundi 10 octobre 2005.
On se retrouve au Tire Bouchon, un bistrot du Vieux Rennes, ce lundi soir. Ils sont venus, ils sont tous là. Larys Frogier et Charlotte Blin , de La Criée, Jocelyn, bien sûr, et puis ses invités : Roderick Buchanan, Nuno Sacramento, Carla Cruz, les Rennais Marcel Dinahet et Sébastien Vonier. Neal Beggs est venu de Nantes pour saluer Roddy. Loïc Touzé est arrivé plus tard. Quand Jocelyn m’a parlé de ce projet de résidence et d’échange avec quelques villes de l’arc atlantique, je l’ai mis en relation avec Roddy à Glasgow. Ma récompense immédiate a été de revoir mon ami écossais dans notre bonne ville de Rennes. Chaleureuses embrassades. On était heureux tous les deux, aussi, de la sortie toute récente de mon livre sur l’art et le sport, La Beauté du geste, dans lequel Roddy occupe une place essentielle. Il n’était pas venu à Chamarande pour Sportivement Vôtre, et je me demande si l’on s’était revu depuis l’exposition de Vassivière, l’été 2000. Je l’ai trouvé en excellente forme, son bon rire sonore, son énergie. Il m’a présenté son copain Nuno Sacramento qui est curator et qui partage son temps entre Utrecht, aux Pays-Bas, et Glasgow. Roddy et lui mènent depuis quelques années un projet intitulé Art Cup qui consiste en une rencontre de football entre des équipes nationales constituées d’artistes, accompagnée d’une exposition des œuvres de ces artistes. Les critères de sélection sont, de ce fait, doubles et pour le moins délicats : trouver les bons artistes qui soient aussi d’honnêtes footballeurs. L’équipe d’Écosse est redoutable si l’on se réfère au 14 à 2 qu’elle a infligé à l’équipe du Portugal.
L’un des idées de Jocelyn, c’est d’inviter les artistes rencontrés au cours de ses séjours à Glasgow, à San Sebastian, à Bilbao ou à Porto, à échanger puis à proposer « en ligne » œuvres et projets. La réunion de Rennes constituait la première de ces cristallisations. À partir de la borne installée à La Criée, qui le désirait pouvait se rendre compte de ces échanges et de ces croisements. D’autres accès sont prévus, plus tard, dans d’autres lieux, dans d’autres villes. C’est une part du travail de Jocelyn que ces entremises ; une part difficile à formaliser et à rendre visible ; une part essentielle cependant. On y trouve des échos de son activité de graphiste, de son goût pour les décloisonnements disciplinaires, pour la scénographie en particulier. C’est ambigu bien sûr, c’est un croisement fragile entre l’affirmation subjective et la porosité féconde, la prise en compte du contexte, des lieux et des autres artistes qu’il y rencontre. C’est parfois sans lendemain. C’est le jeu.
Larys et lui ont souhaité que je m’associe à ce projet, à la fois dans l’accompagnement de la recherche de Jocelyn et dans l’association à Art cup que Nuno et Roddy aimeraient monter en France. Il y a deux ou trois ans, ce dernier m’avait déjà sollicité à ce sujet. Pris par d’autres occupations, je n’avais pas donné suite. Cette fois, je ne peux ni ne veux me dérober. Et puis je me sens en bonne compagnie dans l’ensemble du projet Just a walk : il y a là mon ami Marcel et puis Sébastien Vonier, un jeune artiste d’ici, ancien étudiant du premier.
Le repas est joyeux. On parle de choses et d’autres. Je m’accroche comme je peux à l’anglais de Roddy qui converse avec Neal. Il s’adresse souvent à moi : un coup je fais semblant de comprendre et j’opine du chef d’un air pénétré ; l’autre coup, je comprends (j’opine encore plus). Je suis crevé, j’ai cours tôt le lendemain, je rentre de bonne heure. Juste quelques mots échangés avec Nuno. On convient de poursuivre par mail. Quelque chose, dont j’ignore encore le détail, s’est amorcé là.
Jean-Marc Huitorel