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Mardi 11 avril 2006 .

Je rentre à l'instant de chez Jocelyn et c'est à nouveau mardi. Nous nous sommes fait la remarque : c'est souvent mardi. Ce matin, en Assemblée Générale, les élèves de mon lycée ont mis fin à leur mouvement de grève de plus de deux mois et ont repris les cours. Hier, en effet, le Président de la République a décidé de retirer l'article 8 de la loi sur l'égalité des chances, signant ainsi la mort du CPE. Mardi dernier nous étions plus de 30 000 dans les rues de Rennes et je songeais aux manif. précédentes qui, de près ou de loin, ont rythmé mes rencontres avec Jocelyn et les partenaires du projet Just a Walk . Just a walk, ici comme là.

Deux heures passées dans l'atelier du Mail. Ce qui pointe à l'horizon, même si c'est encore loin, c'est l'exposition à La Criée. Elle se tiendra à partir de fin janvier 2007. Sur la grande table, il a posé des images, des textes aussi, des fragments plutôt, extraits d'ensembles écrits que lui a confiés Yves-Noël Genod. C'est assez beau en soi   et, par la typographie « racines » qu'a imaginée Jocelyn, cela devient des textes-images, ou des images-textes, on ne sait pas bien. Ces racines, mais tout autant cheveux ou poils, font vibrer les lettres et les mots et grignotent sur l'espace, rejoignant ici la photographie étrange de cette grève brûlée en bord de mer d'où s'échappe un enfant qui courre et qui est Noé. Cette nervosité filandreuse me fascine et m'indispose. C'est une intenable fiction qui rayonne, un peu comme une lumière noire. Souvent Jocelyn évoque le croisement du réel et de la fiction. On lit, par exemple, ces mots de Yves-Noël Genod : « Inventer des histoires d'amour. » Transcrit comme ça, forcément, j'appauvris, mais je veux simplement dire quelque chose du pouvoir du texte. Les histoires d'amour, c'est toujours entre « en inventer » et « en vivre ». C'est toujours un peu des deux. C'est cela aussi, cette double concomitance, qui ressort des images photographiques que Jocelyn a disposées sur la table ; des jeunes filles en suspens au bord de la mer, des bateaux qui arrivent ou qui s'en vont, des avions. De face ou de dos, qu'importe, c'est juste l'idée du possible.

Aujourd'hui, en ce milieu d'avril encore frais, il est question de lumière. C'est en ces termes qu'il envisage son exposition. On est bien loin encore de songer à un quelconque accrochage mais plutôt à un principe. Aujourd'hui, c'est la lumière : celle des caissons photographiques, celle des vidéos et celle des néons. Mais, plus largement, d'une lumière qui signifie que rien, jamais, ne s'arrête ou ne se fige. C'est une excitation autant qu'une circulation. C'est une manière d'appréhender le temps, sa manière à lui. Il dit encore que, plus clairement qu'avant, des éléments de sa vie personnelle, la présence subreptice d'un de ses enfants dans une image, vient articuler et informer la relation qu'il entretient avec le temps. Je ne sais pas pourquoi, le mot qui me vient à l'esprit en l'écoutant est DESIGN. Peut-être parce que le design constitue l'une des formes possibles du rapport personnel à l'espace et au temps.

Nous évoquons également Art Cup , le projet de Nuno Sacramento et Roderick Buchanan. J'avais pointé, dès les premiers échanges, la difficulté d'intégrer un tel format d'événement dans le strict cadre de Just a Walk . Ce qui, en revanche, appartient bel et bien à la réalité quotidienne et mouvante de ce que cherche à construire Jocelyn, ce sont les échanges et les discussions autour de ce match de foot entre équipes nationales d'artistes et l'exposition qui lui est concomitante. Ces échanges vont se poursuivre et nous aimerions qu'au terme de Just a Walk , comme l'une de ses heureuses conséquences, nous puissions organiser Art Cup à Rennes. Je rêve déjà d'une rencontre entre l'équipe de France des artistes et celle d'Écosse sur la pelouse du stade de la Route de Lorient.

Plus tard dans l'après-midi, je rencontre Larys près du pont Pasteur. Il fait froid ; nous échangeons juste quelques mots qui, pour l'essentiel, concernent Art cup .

Jean-Marc Huitorel