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Mardi 17 janvier 2006.

Dans l’atelier de Jocelyn, petite factory aux abords du Mail. Il a chargé le poêle à bois. Il fait bon. On parle du travail qu’il réalise en ce moment, dans le cadre du 1% dans un centre culturel de Dinan, réhabilité par l’architecte David Cras. C’est décidé, on mettra ces pages de journal en ligne. On évoque l’exposition de l’an prochain, mais à peine. L’occupent plus urgemment les mois qui viennent, l’alimentation vivante du site, les prochains voyages. L’Espagne, le Portugal. La question de la durée de ses séjours.  Marcel Dinahet, qui bénéficie d’une résidence d’artiste à Abadia, dans le Pays Basque français, devrait le rejoindre à San Sebastian ou à Bilbao. Il connaît bien la grande ville basque pour y avoir séjourné à plusieurs reprises et y avoir mené des projets avec Franck Larcade et aussi Jérôme Delormas. Il avait lui-même invité à Rennes, pour une exposition à la galerie du Frac au TNB, les artistes Azier Perez et Jon Mickael Euba. Je me rappelle avoir évoqué avec Jon Mickael la question de l’identitarisme (au sujet des Basques et des Bretons, on avait de quoi dire) et la manière dont les nationalistes cherchaient, là-bas comme ici, à instrumentaliser l’art et les artistes.
Nous bavardons depuis une heure ou deux quand Jocelyn me montre ce que Sébastien (Vonier) lui a proposé. C’est une table à quatre pieds, haute, blonde et assez bien dessinée, en bois brut pour les pieds, en placage pour le plateau. Ce plateau est partagé en deux par une sorte de frontière subtilement sinueuse que matérialise une ligne de bois brun serti. La technique me rappelle les premiers tableaux d’Hubert Duprat. La technique seulement, car pour le reste, aucun rapport : il s’agit ici d’une table à bras de fer. Jocelyn et moi nous nous mettons en position et nous esquissons une partie. Juste une esquisse… Il est plus fort que moi, ça se voit. La pièce me plait beaucoup. L’objet tout d’abord, mais aussi sa dimension géo-politique posée avec légèreté et humour, mais posée cependant. C’est du Vonier, pas de doute, mais c’est aussi une contribution assez juste à l’ensemble du projet. Il y a quelques années, j’avais participé (pour la partie texte) à une pièce constituée d’images de Ron Haselden et de Marcel Dinahet. Cela parlait aussi des frontières ; tout à la fois de la paix et de la folie des frontières. On l’avait intitulée Borderline. J’ignore comment Jocelyn va intégrer la table de Sébastien, mais c’est là aussi l’un des enjeux de l’entreprise, et sans doute, du travail de Jocelyn dans son ensemble.

Jean-Marc Huitorel