<<

Mardi 7 février 2006.

Pour rejoindre le Saint-Germain, un restaurant bio/végétarien (ça, c’est une idée de Jocelyn…), je descends à pied et, sur l’avenue Janvier, je tombe sur la manif. Comme beaucoup (pas assez car ce malin de Villepin a choisi de faire passer son projet de CPE pendant les vacances scolaires des Parisiens), comme beaucoup cependant, je suis en grève. Assez de ce pouvoir en place depuis la guerre et qui achève de brader les vies sur l’autel des dividendes !! Manifester dans la rue, je rechigne un peu, ou alors, des manifs à forte teneur symbolique : contre le racisme et l’antisémitisme, contre la peine de mort (ou contre son rétablissement), pour le droit des femmes, etc. etc. Là néanmoins, ça tombe bien : j’ai pris la manif comme on prend le métro, quelques centaines de mètres sous je ne sais plus quelle banderole avant de l’abandonner, rue Saint-Germain, pour rejoindre mes camarades au resto. Il y a Larys, Jocelyn, Marcel et Sébastien. Les Rennais donc. Et, soyons honnêtes, le plat est très bon. Nos échanges sont informels. Marcel s’en va demain, pour sa résidence d’Abadia. Juste reconnaître les lieux. Un aller-retour ou presque. Il rentre samedi. Il veut poursuivre son travail sur les ponts pour Just a Walk. J’ai apporté une sortie papier des premières pages de ce journal, qui semblent bien accueillies. Poursuivons donc. Larys suggère qu’on puisse se retrouver tous dans une des villes où Jocelyn séjournera. On évoque Glasgow, le festival d’art qui va s’y tenir, les projets de Jocelyn, un film fait des flots de supporters se rendant au derby de foot entre Rangers et Celtic, un travail aussi avec une fanfare… Et pourquoi pas Lisbonne ? On sent bien que ce serait plutôt Lisbonne. Bon, à voir… Larys a pris un verre de vin blanc, Sébastien et moi, un verre de rouge, Marcel et Jocelyn, de l’eau. Á la fin, Larys a bu un thé vert, moi un thé noir, les autres, du café. On revient sur la participation de chacun à ce projet, sur la difficulté à formaliser et à rendre visible chaque apport. Marcel a très vite proposé ses vidéos, Roddy et Nuno, leur projet Art cup. Jocelyn a beaucoup échangé avec le chorégraphe portugais Tiago Guedes, ainsi qu’avec Alain Michard, ici en Bretagne. La discussion avec Carla a, entre autre, donné un petit jeu amusant sur l’appartenance européenne auquel on peut participer sur le site. Quant à Sébastien, sa présence est à la fois plus flottante (mais c’est une qualité dont les Japonais font grand cas) et plus ouverte. Il fait part de son intérêt et de sa difficulté. On touche là à quelque chose du cœur du projet. Car la question, l’une des questions, au fond, est bien celle-ci : qu’est-ce que cela signifie une résidence d’artiste ? De quoi faut-il rendre compte ? Faut-il rendre des comptes ? Sébastien produit des pièces qui peuvent ou non rencontrer les préoccupations de Jocelyn, ou bien il n’en produit pas. La résidence, c’est aussi pointer le « ici » de Rennes, rencontrer quelques artistes, ceux que Jocelyn, finalement, aurait aussi aimé rencontrer ailleurs, le voisinage du voyageur immobile. Sébastien dit : « J’aime cette situation inconfortable ». Finalement, ça pourrait être très intéressant de se retrouver à Lisbonne (ou à Glasgow). Il y a aussi la proposition Art Cup. Ce n’est pas une mince affaire. Ça donne envie. Mais ce qui importe, dans la logique et la cohérence de Just a Walk, c’est que Art Cup s’articule à l’ensemble, provoque les croisements et les interférences qui dotent ce cheminement complexe de toutes les subtilités et de toutes les incertitudes qui fondent sa densité. On réfléchit encore à la façon la plus juste de mettre ça sur pied. A Rennes ? A Nantes ? En attendant, je prospecte ici et là pour savoir si nous avons de quoi former cette équipe improbable d’artistes-footballeurs… La manif est terminée et les gens profitent de leur présence au centre-ville pour faire quelques courses.

Jean-Marc Huitorel