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Mardi 7 mars 2006.

La mobilisation contre le Contrat Première Embauche (CPE) est toujours forte malgré le peu d’espoir de voir le gouvernement y renoncer. La manif d’aujourd’hui s’est déroulée sous une pluie incessante, interface entre les dernières neiges de l’hiver et la lumière du printemps. Comme le mois dernier, je l’ai suivie quelque temps, et puis je me suis éclipsé, non cette fois pour rejoindre mes partenaires de Just a Walk mais tout simplement pour trouver refuge dans uns bistrot. Les échanges entre Marcel, Jocelyn et moi se sont poursuivis, le plus souvent par mails. Peu après son premier message d’Abbadia, Marcel m’a fait parvenir une photo qu’il a prise de la frontière hispanico-française. On y voit une rue banale mais barrée, comme pour rappeler que la fluidité internationale, hormis s’agissant des capitaux, n’est jamais véritablement acquise. C’est étrange : Marcel, qui réside à la frontière espagnole dans un tout autre contexte que celui de Just a Walk (c’était un séjour prévu de longue date), s’y inscrit avec un naturel qui me fait penser, en recevant ses mails, qu’on se trouve finalement là en plein cœur du projet de… Jocelyn. Mon impression se renforce quand le même Marcel, rentré la semaine dernière de Kaliningrad, m’envoie un mail avec une photo qui le montre à cheval dans un paysage de neige. Il s’est rendu à la frontière polonaise, sur cette route Berlinka, tracée par les Allemands à l’époque hitlérienne afin de relier Berlin à l’ancienne Königsberg et abandonnée depuis. Déambulant sur cette chaussée fantôme (qu’aurait, je crois aimée W-G Sebald, l’un des plus grands écrivains de la fin du XXème siècle, mort trop tôt), il finit par buter sur une barrière, près d’une guérite : la frontière de l’Europe. Just a walk but what a walk !! Il a réalisé de nombreux travaux, dont certains pour le site. Conversation email avec Jocelyn. Je lui dis que je trouve le site un peu « raide », manquant de fluidité et de possibilités déambulatoires. Sans doute suis-je un peu sévère puisque l’accès aux différentes zones en est somme toute assez aisé… Est-ce comme il a pensé un problème de page d’accueil ? Peut-être faut-il d’emblée afficher les circulations et les entrelacs, la complexité et la richesse des va-et-vient ou, pour céder à la tentation de l’oxymore, affirmer plus clairement la densité volatile de ce projet. Une chose est sûre et impérative : il faut encore et encore étoffer les contributions, donner à voir, à lire, à croiser, à flâner, à débattre : donner l’envie d’y revenir !! À propos de l’usage du graphisme, cette confirmation : « Lorsque j’utilise le graphisme, c’est comme espace critique au sein du domaine public. ». Il dit encore, et c’est ce autour de quoi nous ne cessons de tourner ici : « Je revendique cette hétérogénéité d’actions et de formes. Mes productions et mes projets, dans leur intégralité, sont connectés entre eux, Chaque élément décortique, par des angles différents, les mêmes questions. »

Jean-Marc Huitorel